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Rouget de Lisle au Panthéon : une histoire contrariée

L’auteur de La Marseillaise, né à Lons-le-Saunier en 1760, repose aux Invalides depuis 1915, sa translation au Panthéon des grands hommes a été contrariée à au moins deux reprises.

Claude Rouget de Lisle, né en 1760 à Lons-le-Saunier, est mort sous la Monarchie de Juillet et a été inhumé dans l’ancien cimetière  de Choisy-le-Roi en 1836. Dix ans plus tard, son ami le général Blein fit transporter son corps dans sa propriété de Thiais. En 1861, une concession achetée à perpétuité permit d’inhumer le corps de Rouget de Lisle et de rattacher son souvenir à la ville dans laquelle il a achevé son existence.

En 1901, à la place de la pierre tombale initiale, un obélisque orné d’une lyre, on installa un cénotaphe de marbre.

On en est là en 1915. La France vit une période difficile, le conflit mondial s’enlise et l’on comprend que la guerre va durer plus longtemps qu’espéré en 1914.  Le moral n’est pas très bon, les critiques affluent, la crise parlementaire couve. On décide de trouver des ressorts patriotiques et Rouget de Lisle en est un, hautement symbolique. La Marseillaise, maintes fois jouée ou chantée, accompagne chaque déplacement du président de la République, Raymond Poincaré.

Le conseil de Paris, le 6 juillet (à l’unanimité) puis le conseil des Ministres du 10 juillet 1915, décident pour le 14 juillet une cérémonie au Panthéon.

Trois jours plus tard, Raymond Poincaré raconte dans son ouvrage  « Les Tranchées »*:

« Le transfert des cendres de Rouget de L’Isle au Panthéon a soulevé des difficultés inattendues. M. Pierre, secrétaire général de la Chambre, homme charmant et terrible, gardien farouche et souriant des lois et des réglements, a découvert un texte législatif pour conférer cet hommage posthume. Comme il est trop tard pour provoquer une séance des deux assemblées, le Conseil des ministres est obligé de renoncer à la cérémonie du Panthéon. Les restes de Rouget de L’Isle seront transportés de Choisy-le-Roi à l’Arc de Triomphe et de là, aux Invalides. »

En effet si impérieux que fut le symbole, il était nécessaire pour autoriser ce transfert que le Parlement (assemblée nationale et Sénat) se réunisse pour approuver, or la guerre était là et le délai trop court.
Rouget de Lisle ne fut pas un soldat de métier (il a été intégré à l’armée comme la plupart des hommes de son époque), rien ne justifiait un transfert aux Invalides. Pourtant, c’est l’issue provisoire qui fut choisie au dernier moment.

Le mercredi 14 juillet 1915, Poincaré raconte la cérémonie à sa façon :

« Donc c’est aux Invalides, et non pas au Panthéon, qu’ont été transportées les cendres de Rouget de L’Isle. Le ciel est bas et couvert. Il ventait assez frais et els avions français sillonaient l’air, au dessus des nuages, pour éloigner les “tauben“ (avions allemands).
Je me rends en automobile, avec Viviani, à l’Arc de Triomphe. Foule nombreuse. Peu d’hommes naturellement. Quelques blessés. Des infirmières, des vieillards, des enfants.

(…)

Sous l’Arc de Triomphe de l’Étoile, voici les cendres de Rouget de Lisle. Le cercueil est placé sur un fourgon de la première République, que décorent des drapeaux et que garde un piquet du génie. Quelques couplets de La Marseillaise sont chantés par Mme Delna. Puis le cortège se met en mouvement, descend les Champs-Élysées et gagne l’Esplanade par l’avenue Alexandre III. Encadré entre Dubost et Deschanel, je suis le char funèbre. L’attitude de la foule est très digne. Nous arrêtons dans la cour des Invalides et j’y lis mon discours légèrement remanié.
Après y avoir brièvement rappelé la vie de Rouget de L’Isle et les circonstances dans lesquelles La Marseillaise a pris son vol à Strasbourg, je précise les responsabilités des empires du Centre dans la guerre qui nous a été déclarée (…) »

Ce discours enflammé a compté dans la position officielle de la France sur les causes de la première guerre mondiale, dénonçant avec force les responsabilités de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie dans le déclenchement du conflit.

Depuis tout ce temps, Rouget de Lisle repose dans le caveau des gouverneurs aux Invalides, lieu non ouvert au public, « où il restera jusqu’à ce que soit votée la loi qui  permettra de le transférer au Panthéon » écrit le Figaro du 15 juillet 1915.

Ce provisoire aurait pu prendre fin en 1999 lorsque le député Georges Sarre proposa justement une loi en ce sens : « la France n’a que trop tardé, disait-il, à célébrer la mémoire de cet homme. » D’autres avant lui avaient essayé, tous ont échoué.

 

*Raymond Poincaré, « Les tranchées », à lire en intégral (371 pages) sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2093062/f1.image

 

La cérémonie du 14 juillet 1915 sur le site du musée des Armées

http://actualites.musee-armee.fr/vie-du-musee/les-invalides-dans-la-grande-guerre-episode-14-transfert-de-la-depouille-de-rouget-de-lisle/

 

Il existe l’association pour la translation des cendres de Rouget de Lisle au Panthéon et défense de La Marseillaise dont le siège social est à Saint-Maur-des-Fossés (Val de Marne)

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La cérémonie de transfert des cendres de Rouget de Lisle aux Invalides (capture d’écran du site du musée des Armées)

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Le discours de Raymond Poincaré

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La cérémonie de la translation des cendres de Rouget de Lisle à l’Arc de Triomphe

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